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16.05.2007
Avant-propos
QUI REPONDRAIT, EN CE MONDE, A L'0BSTINATION DU CRIME
SI CE N'EST L'OBSTINATION DU TEMOIGNAGE?
A.Camus.
A la fin d'un colloque en classe de 3ème, un garçon me parle de son grand-père, déporté à Auschwitz: il raconte son arrestation à Marseille au cours d'un contrôle d'identité.
Je remarque: -"Mais puisque ton grand-père te raconte cela, c'est qu'il a eu la chance de revenir? - Non, me répond-il, c'est mon arrière-grand-père qui a été déporté. Il est mort à Auschwitz et c'est mon grand-père, tout jeune à l'époque, qui m'a raconté ce fait horrible et douloureux."
Brutalement, je prends conscience de mon âge. Je pourrais être arrière-grand-mère, moi aussi. Il est donc grand temps que je rédige, en quelque sorte, mon testament...
Pour ceux qui vivent aujourd'hui, pour ceux qui vivront après notre génération, je ne veux pas partir sans laisser quelque trace qui rappelle le drame et le sacrifice de ceux qui ont disparu dans les chambres à gaz des camps d'extermination rapide ou dans les camps d'extermination plus lente ou l'on mourait aussi de faim, de soif, de fatigue, de mauvais traitements, de maladies, de mise à mort par fusillade ou pendaison.
Ayant guidé des expositions et participé à de nombreux colloques avec des enfants de CM2 ou des jeunes de 3ème, de 1ère ou de terminale, j'ai recueilli les questions posées, auxquelles je répondais à partir de ma propre expérience. Si quelques-unes de ces questions se sont répétées souvent, d'autres ont jailli, réfléchies, inquiètes, inattendues, disparates aussi, puisque l'enfant suit sa propre démarche, sa réflexion intime.
Combien de fois ne m'a-t-il pas fallu répondre dès le début de ces entretiens à l'intérêt soulevé par:
- "Comment vous en êtes-vous sortie?"-
La réponse englobe toute mon histoire de la Résistance et de la Déportation, celle que j'ai vécue, enthousiasmante ou tragique.
Comment en présenter la conclusion si l'on n'en expose pas le cheminement normal depuis son commencement?
Les faits qui l'illustrent tentent d'expliquer à ces jeunes:
- ce que fut le nazisme;
- qui a résisté à son emprise infernale;
- pourquoi on lui a résisté ;
- comment on lui a résisté;
- quels furent la répression et ses prolongements;
La relation de ces faits vécus pourrait préparer les jeunes à la vie civique, à la prise de conscience de leurs responsabilités devant les dangers qui les cernent, à une vigilance active dans la tolérance et la solidarité, et à fortifier le courage qu'il leur faudra déployer en toutes circonstances. L'ignorance de la vie ne saurait justifier le laxisme, l'indifférence ou la lâcheté dans leur comportement futur. Mon expérience ne suffirait pas à "raconter" la Résistance et les camps nazis. Les souvenirs de mes camarades encore vivants témoignent parfois parmi les miens. Mais ces pages restent encore bien en deçà de l'extrême horreur vécue par d'autres, individuellement. Elles diront les souffrances et la mort prématurée de tant d'hommes et de femmes dont l'immense mérite est d'avoir essayé jusqu'au bout de leurs forces de se dresser contre la tentative nazie de réduire l'être humain à l'état de robot mécanisé qui obéit à n'importe quel ordre barbare.
...VIGILANCE...
Claudine FOUREL.
Déportée à Ravensbrück. Mle 38840
(dans la Résistance:
Lucette DUCHASSIN.)
15:10 Publié dans Avant-propos | Lien permanent | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : déportation, résistance, témoignage, ravensbruck
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